Antananarivo, le 9 mai 2025 – Transparency International – Initiative Madagascar (TI-MG) présente aujourd’hui les résultats de l’Évaluation de l’Intégrité du Financement Politique, une étude pour analyser les pratiques et le cadre réglementaire en matière de financement des partis politiques et des campagnes électorales.
Basée sur une méthodologie développée par Transparency International, l’évaluation examine six principes fondamentaux : la transparence, l’argent propre en politique, l’équité, l’égalité des genres, la neutralité de l’État et la redevabilité.
Les résultats de cette évaluation sont préoccupants. Le rapport met en lumière un système de financement politique marqué par l’opacité, des risques élevés de corruption, une inégalité d’accès aux financements, en particulier pour les femmes candidates, et des infractions constantes à la neutralité publique.
Manque de transparence
Le manque de transparence demeure un enjeu central. Les données sur les sources de financement des candidats et des partis sont rarement accessibles au public, tandis que la Commission de Contrôle du Financement de la Vie Politique (CCFVP) ne dispose pas des moyens nécessaires pour remplir efficacement son mandat.
L’étude révèle également que l’absence de restrictions sur les dons anonymes, les transactions en espèces et les financements étrangers favorisent l’infiltration de fonds d’origine douteuse dans le processus électoral. Dans ce contexte, les risques de capture politique par des intérêts privés ou criminels sont réels.
Sur le plan de l’équité, le système actuel avantage les candidats disposant de ressources financières importantes, excluant de facto les citoyens les moins fortunés et compromettant l’égalité des chances dans la compétition électorale. Cette réalité est encore plus criante pour les femmes, qui font face à des obstacles structurels et financiers majeurs, sans aucun mécanisme public de soutien spécifique.
Remise en question de la neutralité de l’Etat
Autre constat inquiétant : la neutralité de l’État est régulièrement remise en question. L’accès inégal aux médias étatiques et l’instrumentalisation des forces de sécurité viennent fausser le jeu démocratique.
Enfin, l’absence de mécanismes efficaces de redevabilité et de sanction empêche toute dissuasion des pratiques illégales. Les organes de contrôle manquent cruellement de moyens, d’indépendance et de coordination.
Présentation de la plateforme ARAMASO
À cette occasion, TI-MG a présenté officiellement la plateforme ARAMASO, un outil innovant visant à faciliter l’accès du public aux informations relatives au financement politique et qui permet aux partis politiques de soumettre leur rapport financier pour contribuer aux efforts de transparence. La plateforme héberge actuellement les résultats des missions de suivi menées par la Cellule de Suivi des Elections (CSE) de TI-MG sur le terrain. Elle est aussi ouverte aux partis politiques, qui sont invités à y publier volontairement les détails de leurs recettes et dépenses de campagne. ARAMASO vise à renforcer la transparence, encourager la participation citoyenne et offrir un espace de redevabilité ouvert à tous les acteurs politiques.
La plateforme est accessible sur www.aramaso.mg
Les recommandations de Transparency International-Initiative Madagascar
Face à ces constats, TI Madagascar appelle le gouvernement malgache, les institutions de contrôle, la société civile et les partenaires techniques et financiers à s’engager dans un processus de réforme ambitieux. Le rapport propose une série de recommandations concrètes, notamment le renforcement des obligations de transparence, la régulation stricte des dons privés, la mise en place d’un financement public équitable, l’adoption de mesures en faveur de la participation politique des femmes, et le respect strict de la neutralité de l’État.
Le rapport complet de l’évaluation est accessible sur le site web de TI Madagascar : www.transparency.mg/ressources