Antananarivo, 27 mai 2023 – La Cellule de suivi des Elections (CSE) de Transparency International – Initiative Madagascar (TI-MG) présente ce jour les résultats de son travail de monitoring pour les élections législatives 2024. En général, cette campagne électorale s’illustre par une certaine « sobriété » en termes de dépenses électorales bien que certains candidats aient suivi la voie habituelle d’une mobilisation financière frisant l’extravagance et des pratiques absurdes.
Les soupçons de corruption électorale persistent : distributions d’argent, promesses de dons financiers, distributions de goodies. Des faits qui, tout en polluant les débats d’idée, rendent l’exercice de la campagne électorale de moins en moins crédible, si l’on s’en tient aux comportements de certains candidats (achat au triple du prix normal d’un article ou d’un produit sur un étal ou une épicerie dès lors que la couleur du parti est mise en avant ; promesse de millions d’ariary à la commune en retour de l’élection d’un candidat, etc.
Plusieurs débats ont pu être faits, avec le concours des organisations de la société civile qui ont pu organiser des rencontres entre candidats afin qu’ils exposent leurs idées. Néanmoins, l’offre électorale et politique en soi reste majoritairement faible en termes de contenus, les candidats se satisfaisant souvent de discours tout-faits, de promesses difficilement en lien avec le poste qu’ils briguent, de vagues engagements qui ne sont pas étayés par des stratégies voire des plans d’actions à expliquer aux électeurs.
Il est aussi important de toujours constater certains chevauchements qui interpellent : la tenue, par la Présidence de la République, de plusieurs évènements publics savamment déguisés en « fanolorana » (offre, présentation) d’une structure publique quand il s’agit clairement d’inaugurations en pleine campagne électorale, interdites par la législation en vigueur.
Enfin, dans ce climat incertain, il est important de saluer l’effort visible de certains candidats qui misent sur les démarches de porte-à-porte organisées par leurs militants dans les quartiers, favorisant le dialogue avec les citoyens dans le cadre d’une élection de proximité.
La question du financement des partis politiques, en particulier lors des campagnes électorales, demeure une préoccupation majeure dans le paysage politique malgache. La législation en vigueur ne fournit pas encore un cadre précis pour réguler cette problématique. Au cours des cinq dernières années, TI-MG s’est fortement impliquée dans la promotion de la transparence et la limitation des financements des campagnes électorales. TI-MG a entrepris de nombreuses actions pour sensibiliser les citoyens et les autorités à l’importance de la transparence dans ce domaine. En dehors de la Commission de Contrôle des Financements de la Vie Politique (CCFVP), qui est une entité publique, il n’existe actuellement aucune organisation spécialisée dans l’observation des dépenses de campagne électorale à Madagascar. Cette lacune est préoccupante car elle risque d’encourager l’opacité et la corruption dans le financement des campagnes électorales, compromettant ainsi l’intégrité des élections et la confiance des citoyens dans le système politique.
La société civile joue un rôle crucial dans la reddition de comptes des politiciens et des partis politiques, notamment pendant les périodes électorales. C’est pourquoi TI-MG surveille activement non seulement le déroulement des élections et la possible occurrence de corruption ou de fraude électorale, mais aussi la gestion et le financement des campagnes électorales grâce à la mise en place de la Cellule de Suivi des Élections (CSE).
Établie au sein de TI-MG depuis 2023, la CSE a pour objectifs de promouvoir la transparence et l’intégrité des campagnes électorales en surveillant les financements des partis politiques et des candidats pour prévenir la corruption et assurer des élections libres et équitables
-Observer et surveiller les activités et dépenses de campagne des candidats ainsi que les manifestations de corruption électorale pendant les élections législatives
-Mettre en lumière les coûts de campagne de chaque candidat et fournir des informations au public sur le coût des élections
-Suivre les promesses électorales des candidats à cette élection
Pour le suivi des dépenses dans le cadre des élections législatives, la CSE a choisi de se concentrer exclusivement sur les chefs-lieux des 5 provinces, à savoir : Antsiranana I, Mahajanga I, Toamasina I, Fianarantsoa I, Toliara I ainsi que le District d’Antananarivo Atsimondrano. Ce dernier représente à la fois la plus grande population et le plus grand nombre d’électeurs dans tout le pays. Ces zones ont été sélectionnées car il est plus pertinent et attrayant, du point de vue de la communication, de présenter des résultats d’études portant sur des districts autres qu’Antananarivo. De plus, des candidats potentiels issus de grands partis, de coalitions, députés en postes, ou occupant actuellement des postes ministériels se présentent aux élections dans ces zones. Le suivi et l’analyse se répartissent comme suit :
Les dépenses publicitaires sont une cible particulièrement attrayante pour le suivi parce qu’elles constituent souvent un poste de dépense important dans une Il s’agit ici de suivre les insertions publicitaires diffusées de tout type, les émissions -plateaux payantes, les reportages-vidéos des campagnes ainsi que les jingles. Le suivi des postes de dépense publicitaires concerne uniquement le district d’Atsimondrano .
TELEVISION
RADIO
PRESSE
Il existe de nombreuses dépenses auxquelles les partis politiques et les candidats peuvent consacrer leurs fonds. Cependant, certaines d’entre elles sont plus importantes que d’autres et devraient être prises en considération dans le cadre de cette initiative.
Ce volet du suivi des dépenses comprend généralement le coût d’organisation d’une campagne, les événements de toutes sortes, y compris les rassemblements électoraux, les réunions, les concerts, les spectacles, qui peuvent inclure certains des éléments suivants : location d’espace ou de locaux, location d’équipement et d’autres installations utilisées lors d’événements, transport et hébergement du personnel ou des participants à l’événement, coût de recrutement des individus ou des groupes pour participer à des événements.
Plusieurs points saillants émergent des résultats du travail de la CSE, bien que celui-ci ne couvre pas l’ensemble du territoire et l’activité de tous les candidats : moins d’extravagances dans l’ensemble des activités de campagne électorale dans les districts surveillés – en comparaison avec les élections présidentielles, bien que des comportements douteux et questionnables persistent en termes de corruption électorale :
Non-respect des droits humains : certaines pratiques ne sont autres que des formes sérieuses de discrimination et de non-respect des droits humains comme c’est le cas des personnes de petite taille utilisées comme bêtes de foire pendant les campagnes électorales. Des pratiques absolument abjectes et contraires aux valeurs humaines, qui méritent des sanctions exemplaires.
Autres pratiques :
D’autres habitudes perdurent, sans plus de créativité :
Selon ces types d’évènements, deux groupes de districts se distinguent :
En moyenne, chaque candidat suivi a réalisé 16 évènements dont :
Particularités des activités des candidats dans les districts :
Dépenses moyennes pendant la campagne électorale :
Dépenses moyennes par candidat selon l’affiliation politique :
Il faut cependant noter que cette évaluation reste fortement marquée par l’estimation des dépenses du candidat Firaisankina du district Toliara I qui comptabilise à lui seul 1 855 671 100 Ar. Si ce cas particulier est exclu, la moyenne des dépenses des candidats issus des partis politiques et coalitions autres que l’IRMAR est de 22 237 031Ar.
Selon les dépenses de campagnes globales et dépenses moyennes par candidat, les candidats se divisent en 3 groupes :
Dépenses importantes
Les dépenses maximales de campagne ont été enregistrées à :
Dépenses moyennes :
Les dépenses moyennes de campagne ont été enregistrées dans les districts de :
Dépenses minimales :
Les dépenses minimales de campagne ont été enregistrées dans les districts de :
Pour ces trois districts, les dépenses moyennes par candidat correspondent à 2% des dépenses cumulées pour tous les districts/candidats, soit :
Pourcentage des dépenses électorales par poste budgétaire :
En général, les estimations de la CSE ont fait ressortir ces types de dépenses électorales par poste budgétaire :
-28% distributions de nourritures (25% distribution de riz en sac par le candidat Firaisankina du district Toliara I)
-5% distribution d’argent liquide
-4% distributions de t-shirt
-5% : location de véhicules (3% location de 4×4, 2% : location de camions, bus, véhicules légers, motos, bajaj etc)
-5% : cachet d’artiste
-Autres : gardes et agents de sécurité, hôtesses, écrans géants, estrades, sonorisation, groupes électrogènes, feux d’artifice.
Estimation des insertions recensées :
Total des insertions recensées :
Insertions médias en moyenne par candidat :
Insertions en moyenne selon la circonscription :
Districts périphériques (Atsimondrano, Avaradrano, Ambohidratrimo) :
Insertions médias dans les districts de la CUA :
Dépenses médiatiques moyennes selon l’affiliation politique :
Estimations des dépenses médiatiques recensées :
–17 073 692 Ar en moyenne pour les candidats des districts périphériques : 16 010 154 Ar insertions TV + 1 695 714 Ar insertions radio + 489 000 Ar insertions journaux)
-26 901 327 Ar en moyenne pour les candidats des districts de la CUA : 26 196 988AR insertions TV + 899 214 radios insertions + 4 insertions journaux)
Pour Antananarivo Atsimondrano, les candidats des districts périphériques privilégient les insertions radio, tandis que les candidats issus des districts de CUA privilégient une présence accrue dans les chaînes de télévision. Dans tous les cas, les dépenses pour les diffusions dans les chaînes TV restent supérieures.
Envergure des dépenses de campagne médiatique :
Dépenses moyennes selon l’affiliation politique :
Dépenses maximales :
Les candidats IRMAR au sein de la CUA ont fait le maximum de dépenses en insertions médias :
Cependant, pour tous les districts confondus, les dépenses médiatiques les plus importantes sont celles des candidats :
Dépenses minimales :
Les candidats IRMAR des districts périphériques ont fait le minimum de dépenses en insertions médias :
Pour tous les districts confondus, aucune insertion n’a été recensée pour les candidats ci-après :
Le tableau ci-après résume les dépenses globales – évènements sur terrain (95%) et présence médiatique (5%) pour les candidats des districts Antananarivo Atsimondrano.
Média | Terrain | Total général | |
Liste n°3 – INDEPENDANT NOFY LALAINA | 7 620 000 | 263 940 525 | 271 560 525 |
Liste n°5 – INDEPENDANT ALAIN RATSIMBAZAFY | 5 550 000 | 46 205 469 | 51 755 469 |
Liste n°2 – FIRAISANKINA : RAHARIMANARIVO Voahanginiaina Berthine | 3 170 000 | 43 037 100 | 46 207 100 |
Liste n°6 – IRMAR : RATSIVAHINISOLO Andriniony | 2 100 000 | 38 578 120 | 40 678 120 |
Liste n°1 – INDEPENDANT BERTHIN RANDRIAMIHAINGO | 4 980 000 | 9 219 225 | 14 199 225 |
Liste n°7 – INDEPENDANT FIFIH | 9 154 088 | 9 154 088 | |
Liste n°4 – INDEPENDANT RASOLOFO Lumène Fidèle | 512 150 | 512 150 | |
Total général | 23 420 000 | 410 646 676 | 434 066 676 |